Livrée des forets (Malacosoma disstria)

 

Livrée des forets

 

Le beau temps vient enfin d’arriver !!! Surprise cette année : la livrée des forêts est arrivée avec le beau temps.  La livrée est la chenille dont on parle dans les médias et qui se retrouve à la grappe dans nos cours.  Nous nous retrouvons donc avec un paysage d'automne et tous ces arbres qui ont perdu leurs feuilles.  J'exagère un peu, ce ne sont pas tous les arbres qui sont affectés, mais il y a certains endroits où les dégâts sont très visibles.  Nous avons donc un peu de soleil, de chaleur et une perte de feuille.  Elles sont nombreuses, tellement nombreuse que parfois elles semblent pleuvoir des arbres. L’infestation n’est pas égale partout à la grandeur du Québec, certaines régions y goutent fortement en ce moment

Ce petit fléau n’est pas nouveau, des observations ont été  faites aussitôt qu'en 1791[1]. Ce n’est donc pas le réchauffement climatique qui cause cette invasion. Il faut aussi savoir que c’est une espèce indigène. Elle est toujours présente, mais il y a des cycles d’invasion qui varie de 7 à 11 ans[2]. Ce sont des infestations qui durent de 2 à 5 ans.[3]

 

La livrée est une petite chenille qui peut atteindre 5cm. Elle a sur elle des petites formes blanches qui ressemblent à des petits bonshommes de neige.

 

 

 

Source: http://cfs.nrcan.gc.ca/assets/file/2927

 

 

 

 

La livrée des forêts ne fait pas de tente. Le mot tente fait référence à un gros cocon qui abrite une colonie de chenilles. C’est la livrée de l’Amérique qui fait des tentes.

Photo de tente

 

Elles vont plutôt faire un tapis de soie sur le tronc ou sur les branches[4]. Elles vont se réunir en grand groupe lors des intempéries et pendant les mues.  Les groupes de chenilles sont impressionnants, il suffit de faire une recherche sur internet pour voir des photos et des vidéos avec des centaines de chenilles en essaim. Elles peuvent être assez nombreuses sur la chaussée pour faire glisser les gens qui marchent.

 

 

 
 

 

Comment fonctionne-t’elle ?

Les œufs[5]

Les œufs sont pondus de juin jusqu’au début juillet. Les femelles pondent de 120 à 240 œufs. Les œufs sont pondus autour d’une branche et sont habituellement en hauteur pour limiter l’accès aux prédateurs.

 

 source: https://aimfc.rncan.gc.ca/fr/insectes/fiche/9374

 

Le développement [6]

 

Le développement des insectes mangeant des feuilles doit se faire dans une fenêtre de temps bien précise. Les larves qui éclosent trop tard se buteront à des feuilles plus dures, avec moins de nitrogène et moins d’eau. Manger ces feuilles cause un ralentissement du développement de la larve.

Une éclosion trop hâtive fera en sorte que les feuilles seront plus rares ou encore inexistantes. La famine risque alors de s'installer chez les larves.

 

Le cycle d’infestation

 

Comme nous en avons parlé, l’infestation dure de 2 à 5 ans.  Il y a de multiples de facteurs qui mettront fin à l’épidémie de chenilles. Le manque de nourriture en est un. Durant les années d'infestation, de plus en plus de chenilles seront présentes, mais il n’y aura pas plus de nourriture. Une compétition s’enclenchera entre les chenilles pour la nourriture qui va se faire de plus en plus rare. Certaines ne pourront pas se nourrir et souffriront de famine.

Les prédateurs seront eux aussi de plus en plus présents. La mouche Sarcophaga aldrichi, par exemple, est un parasite pour les chenilles. Ce sont des mouches tout à fait inoffensives pour l’homme. L’infestation de Livrée fait en sorte que la population de Sarcophaga aldrichi peut augmenter de façon à rendre l’insecte dérangeant. Les oiseaux, les moufettes, les souris et les grenouilles sont aussi des prédateurs de la livrée des forets. Les prédateurs ne sont pas les seuls facteurs qui mettront fin au cycle d’infestation

 

L’augmentation des bactéries, des virus et des maladies fera mal aux colonies. C’est l’augmentation de la population de livrée qui rend possible la prolifération des maladies. Plus, il y a d’individus en même temps, plus les maladies se rependent.

 

Tous ces facteurs mettront fin à l’infestation de chenilles. Tout ceci est un grand cycle. La population de chenilles augmente lentement jusqu’à un niveau très élevé. Ensuite, les prédateurs qui vivent de ces chenilles ont plus de nourriture pour permettre de se reproduire et ainsi augmenter en population à leur tour.  La maladie se joint à eux, la population de chenilles est réduite. Suite à cette baisse de chenilles, ce sont les prédateurs qui sont en baisse et ainsi de suite. Quand nous sommes à la pointe du cycle, les chenilles sont tellement nombreuses qu’elles causent des dégâts

 

 

Les dégâts

Les chenilles ne sont pas dangereuses pour l’être humain. Elles sont simplement dérangeantes pour celui-ci. Elles peuvent se retrouver en grand nombre sur la chaussée. Il est alors impossible de les éviter. Elles peuvent aussi grimper à la maison ou encore tomber des arbres. Aucun danger, mais c'est fort désagréable quand elles tombent dans votre poutine.

Pour nos amis les arbres, quand il y a invasion comme c’est le cas maintenant. Il y a une grande perte de feuilles pour l’arbre. Encore là, aucun réel danger pour l’arbre. S’il perd tout son feuillage, il ne mourra pas. L’arbre va refaire assez de feuilles pour que la photosynthèse soit faite.[7] Par contre, la perte de son feuillage ralentit de beaucoup sa croissance pour l’année. Une défoliation importante sur 3 ans devient plus problématique pour l’arbre[8] . L’arbre est affaibli par la livrée. Il devient plus faible face aux maladies et aux autres insectes. La majorité des arbres survivent cependant à cette attaque. Il y une forte probabilité que certaines branches meurent pendant les invasions mais, rien de majeur.

Pour les acériculteurs, la défoliation causée par la livrée peut réduire la quantité de sucre dans la sève. 

 

Les chenilles sont principalement dérangeantes pour les humains. De plus, elles peuvent causer des taches parce quand elles sont dérangées, elles émettent un fluide noir-verdâtre[9].

 

 

 

 

 

 

Les hôtes

 

Les hôtes dépendent aussi des cycles d’infestations. Durant les infestations les chenilles s’attaqueront à plus de types d’arbres et peuvent même aller jusqu’à s’attaquer aux conifères[10]

 

Arbres préférés[11]

peuplier faux-tremble

chêne rouge,

frêne blanc,

Érable à sucre, 

 bouleau gris,

cerisier / prunier, 

 

 hêtre à grandes feuilles, 

orme d'Amérique

, pommier,

 saule,

 sorbier,

 tilleul d'Amérique

 

 

 

Comportement

 

Les chenilles vont manger toutes les feuilles de l’arbre avant de changer d’hôte.  

 

Contrôle des chenilles

 

La livrée n’est pas dangereuse. Il n’y a pas de panique à avoir, mais comme mentionné, elle peut être d’une grande nuisance quand elle se retrouve en grand nombre.  Le contrôle unilatéral de la chenille n’est pas souhaitable. Après tout, c'est un cycle naturel, même si pour nous elles sont un indésirable. Elles ne le sont pas pour les prédateurs. La nature ne fait rien par erreur, les cycles ont leur utilité. Toutefois, le contrôle localisé peut réduire les inconvénients.

Pour sauver ces arbres de la défoliation, il est possible de faire une bande de colle.  Il faut utiliser une bande de plastique autour de l’arbre et la badigeonner de Tanglefoot. Une fois la saison des chenilles finies il sera possible d’enlever la colle sans problème. Ce truc, je l'ai trouvé sur le blogue du jardinier paresseux dont le lien se trouve en bas de page [12]. Ce truc réduira la propagation de la chenille sur les autres arbres. Si elle est déjà dans l’arbre, cela n’empêchera pas de le manger, mais elle ne pourra pas aller aux autres. Le contrôle physique a comme avantage de ne pas répandre de produit chimique dans l’environnement. Il peut facilement être appliqué par n’importe qui et ne coute pratiquement rien. Par contre, si vous avez beaucoup d’arbres c’est une solution qui peut être difficile à appliquer pour l’ensemble de ceux-ci.

 

Il est aussi possible de détruire les œufs. Elles sont sur les branches. Il suffit de les gratter sur la branche sans endommager l’écorce. Après, il suffit de mettre les œufs aux poubelles.

 

La lutte biologique est possible.  Le Bacillus thuringiensis (B.t.) est un insecticide biologique. Il agit sur la chenille et les lépidoptères[13] en général, il faut asperger l’arbre pour que le produit se repende sur les feuilles de l’arbre à traiter. Une fois que les chenilles mangeront les feuilles aspergées, elles cesseront de s’alimenter dans les 3 à 4 heures et mourront dans les 5 jours qui suivent[14]. Il faut attendre les premiers dommages sur les feuilles et ensuite asperger l’arbre. L’avantage est qu’il est plus facile de traiter de plus grandes quantités d’arbres. Le BT affecte aussi la tordeuse de l’épinette. Il faut savoir que c’est un traitement qui coute plus cher à faire et nécessite une plus grande connaissance pour l’appliquer.

 

 

 

[1] http://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/fimaq/insectes/fimaq-insectes-insectes-livree.jsp

 

[2] http://www.rncan.gc.ca/forets/feux-insectes-perturbations/principaux-insectes/13380

 

[3]